Archives de Catégorie: Hugo Portier

La bergère et le ramoneur

Lorsque le roi sommeille
que ces diptyques s’éveillent
toiles et statues, guerrier grec
s’animent et le mettent en échec

et mat
colosse d’acier, automate
décors d’Italie et dédales
les amants fuient et détalent

Une bergère et un petit ramoneur
de rien du tout, de rien du tout
au royaume de Taquicardie
se sont enfuis dans la nuit

Tandis qu’un Goliath de fer
est à leurs trousses
dans la ville basse se terrent
sentent les secousses

Metropolis mis à bas
penseur masqué, casque d’Odin
sur les gravats il s’assoie
Je songe à celui de Rodin

Hugo Portier

Cadavre exquis, jeu de langue

Amaril, en quarantaine
À Marylou je suis amarré
Amiral ou capitaine
À des miles et désarmé

Quel est donc ce millésime
Où mon vaisseau appareille
Cette chorée pantomime ?
Mon Alice s’émerveille

Dessous chics, hot couture
Que j’entaille, comment ça ?
Anarchique chevelure
Par la taille, non tu crois ?

Si mon verbe est érectile
Tes jambes, elles, n’en finissent plus
Du sujet, qu’en est-il ?
Je ne m’y étendrai plus

Prends garde à ce jeu de langue
Pour une goutte de whisky
Ô ma Lou regardes et tangues
Au jeu du cadavre exquis

Hugo Portier

Nuits rhénanes

J’ai quitté le Baden
et ses nuits rhénanes
et cassé la cabane
Dernier auf wiedersehen

aux serveuses du Mata Hari club
parfums de clopes et de dub
Sulfureuses ces souris ! Or
je m’en vais et les fuis, dès l’aurore

J’ai quitté le Baden
Dernier auf wiedersehen
pour retrouver sans peine
les soirées ligériennes

Une asiate acrobate
me tire par la cravate
et me montre la voie
toi, tu seras ma proie

Cavalier à la barre
d’un sombre bateau ivre
dessus la balançoire
je finis par revivre

Ma petite Andromaque
se met en amazone
sur mon rythme cardiaque
en soubresauts synchrones

Missionnaire en Afrique
pour l’union du lotus
je rapporte au phénix
le collier de Vénus

Faire la chaise à bascule
passer un nœud coulant
sur le cou indolent
monter en canicule

Dans tous mes carnets noirs
écrits au rouge à lèvres
Je retrouve la fièvre
des night-clubs et des bars

Hugo Portier

Eva

Cet orage grave
me retenait le cœur
comme un souffle suave
aux premières lueurs

Eva a les yeux noirs
Et le vent achève
ses larmes sur la grève
ses rêves dans le brouillard

Eva tes yeux sont noirs
Mais tu cours sur le quai
Tu fuis les rues barbares
et attrapes un ticket

pour partir vers le Sud
Eva si tu t’en vas
vers d’autres solitudes
ne te retourne pas.

Eva tes yeux sont noirs
Mais je suis fou de toi
Ils sont teintés du soir
dans lequel je me noie

Eva tes yeux sont noirs
Et le vent achève
tes larmes sur la grève
tes rêves dans le brouillard

Hugo