Archives de Catégorie: Walden

Quand tout a été dit

RaskZapQu’est ce qu’il nous reste quand tout a été dit ?
Le silence s’installe on revoit notre vie
Les drames et nos amours défiler sans relâche
Dans notre tête épuisée Pellicule pleine de taches

Après la dernière pluie et la fin de l’espoir
Il ne reste rien à faire et plus grand-chose à voir
Nous dormons sans rêver Nous sommes déjà morts
Après avoir vidé la rivière de son or

Levons bien haut nos verres C’est le temps des adieux
Que coule notre sang Nos prières et nos larmes :
En trichant nous avons gagné trop vite le jeu
Abandonnons nos vies Rendons enfin nos armes

RaskZap (illustration) & Walden (texte)

En vérité je suis nu

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En vérité je suis nu Je suis complètement nu Je n’ai pas vraiment de vêtement autre que ma peau et rien d’autre pour écrire que mes doigts et rien d’autre que mon corps pour écrire avec mes doigts

La vérité c’est que je me suis endormi et dans un rêve brumeux j’ai vu avec mon corps avec mes mains aux doigts tendus J’ai vu en vérité un géant stoppé net dans sa course de géant Des structures inédites faites d’acier et de néons au phosphore aveuglants En vérité je me suis brûlé le bout des doigts en essayant de les écrire

Il y avait dans le brouillard des ombres qui déboulaient près de moi j’aurais pu les toucher en tendant la main j’aurais pu les écrire Ils fusaient comme des balles perdues sans me voir j’étais nu je suffoquais Respirer le brouillard c’est pas possible et il fait froid et le sol tombe la terre s’effondre et je suis nu C’est la vérité c’est ce que j’ai vu

Le sol s’est effondré et je suis tombé sur une chaise le plastique colle à ma peau nue du bas des fesses aux omoplates Mes doigts sont là et s’agitent et je veux retracer mon rêve il m’échappe je perd je perd La vérité coule entre mes doigts et je ne peux plus la toucher et déjà je ne suis plus nu ma peau ne colle plus au plastique plus de tâches sombres sur mes rétines Oublié en vérité les néons comment ils ont brillés Je sais que je m’en suis brûlé les doigts j’ai encore un peu mal

Il y avait un géant figé et des ombres autour de moi Je dois retourner là-bas sinon je deviens fou et c’est la vérité

Touda (illustration) & Walden (texte)

À la fin

Quand le goût de nos bouches sera cendre et poussière
Nos os seront craquement et fétus qui s’enflamment
Nos paupières seront rocs et nous pleureront du sable

Et nos cœurs seront secs et vieux et racornis
Par les feux éclatants de trois milles soleils
Et nos pieds seront nus et nos ombres nombreuses

Nous piègerons le vent à l’aide de grands filets
Capturerons le silence en tendant des micros
Et attraperons l’eau avec nos mains percées

Nous serons alors fous sans plus grand-chose à perdre
Nous chanterons bien haut pour nos cités tombées
Et lèverons nos verres à la fin du réel

Walden

J’ai vu

J’ai vu dans mes rêves délirants une foule immense de parias
Jetant leurs pauvres corps transis pour s’empiler comme des rats
Contre d’immenses pyramides construites de leurs propres mains
Faites d’ordures Dorées de nacre aux premières lueurs du matin

J’ai vu l’horreur des holocaustes Et la beauté des crépuscules
J’ai vu des pauvres gars en file qui attendaient qu’on les encule
J’ai vu une ombre paranoïaque suivant les jeunes filles dans les rues
Et des panthères multicolores qui voulaient les manger toutes crues

J’ai vu la vengeance des peuples Nus et ricanant comme des hyènes
J’ai vu des fusées décoller vers d’hypothétiques édens
J’ai vu des étoiles mourir sans que personne ne les pleure
Et une folle que j’aimais crier en s’arrachant le cœur

J’ai vu cela j’ai vu bien pire et dans ma ville monotone
Je vois des rois et des martyrs mais plus rien jamais ne m’étonne

Walden

Le magicien

Vicieux vain violent et voleur vampire
Je suis un magicien que plus personne ne croit
J’arrive toujours trop tard je cours après les heures
Plus personne ne me prête la moindre once de foi
Je séduis sans y croire sans le vouloir vraiment
Et on me crache dessus au moindre de mes pas
Lorsque j’erre désœuvré dans les couloirs du temps
Sans trompette et sans gloire sans fierté ni aura

Je suis le grand coupable jamais emprisonné
Un ange vagabond que l’on invoque plus
Je suis Médée-la-folle superbe désespérée
Je suis l’ombre sournoise qui te suit dans la rue
Fuis moi je suis infâme et mauvais et bancal
J’avalerais le monde si je le pouvais seulement
Pour le recracher vite comme un feu de Bengale
Et l’envoyer valser au fond du firmament

Walden

I saw something sitting on your bed

I saw something sitting on your bed

J’ai vu des boogymen surgir de centaines d’armoires de milliers de dessous de lits et d’une infinité de recoins sombres

Toujours partout ils étaient présents chaque nuits ils voulaient me souffler dans le cou me caresser la joue m’attraper la cheville me tirer hors des couvertures me piéger dans un sac s’enfuir en ricanant

Des ombres gigantesques qui hurlaient babadook qui se trainaient gluantes poisseuses hors de mon cerveau gris et poussiéreux sur le parquet de ma chambre

J’ai allumé des bougies passé des nuits blanches vendu des milliers de fois mon âme pour une nuit de répit

J’ai voulu grandir devenir fort devenir chasseur enfermer les croquemitaines et jeter toutes mes clefs j’ai échoué

Ils seront toujours là et j’ai peur pour mes rêves

J’ai peur de la nuit et des ombres glissantes

Tangerine (illustration) & Walden (texte)

Cadavre exquis

Une femme traverse la rue et sa jupe se soulève
un enfant tape dans un ballon
rouge blanc rouge et rond
un chien pisse contre un arbre
sans gêne
sans honte
comme un chien
et une voiture fonce
tout en klaxonnant

le bruit du klaxon
de la jupe se soulevant
l’odeur de la pisse
et le tam-tam-tam de la balle
et tout se passe trop vite et c’est déjà fini

l’enfant crie
le chien fuit
et la femme et la femme et la femme
la femme est renversée
écrasée
steak haché
et l’auto redémarre
laissant sur le béton nu
un cadavre exquis
vêtu d’une jupe pleine de plis

Walden

Nous irons soulever des montagnes

Nous irons bientôt soulever des montagnes

Vider les océans Inverser les rivières

Avaler les nuages Raser des villes entières

Et autour de leurs ruines pleurer nos chants tziganes

 

Nous dompterons la foudre et enflammerons la terre

Petit dieux inutiles Nous ne regretterons rien

Nous irons ivres et fous sur des rythmes anciens

Sauter de tombes en tombes la nuit dans les cimetières

 

Quand nous serons lassés nous irons voir nos pères

Qui seront implorants La tête pleine de drames

Pour rire de leurs vieux os De leurs yeux pleins de larmes

De leur puissance passée De leurs présentes prières

Walden