Archives Mensuelles: mai 2015

Magnolia

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Les femmes se fanent les fleurs jamais

La Ville: Rose de lampadaire éclose

S’exhale en lumière parfumée.

Dans le dernier métro et puis dans les allées

Des taxis silencieux aux ombres des pavés

J’ai aimé

Les femmes se fanent les fleurs jamais.

 

Mille fois j’ai cru voir des regards

à travers les vitres des supermarchés

Mille fois j’ai croisé d’incroyables reflets

des flammes prêtent à fondre!

Les femmes se fanent les fleurs jamais.

 

Du jardin nocturne au Magnolia

Les boulevards de pluie nacrés

Des bars, des trottoirs aux cinémas

J’ai aimé

Les femmes se fanent les fleurs jamais.

Le Dilettante (texte) & Tangerine (illustration)

Mes Nerfs

Suintante par tous mes pores, la haine coule le long de ma peau.
Elle glisse sur mon corps comme une huile noire, aqueuse et puante.
Elle s’insinue et entre par mes yeux, mon nez, ma bouche (Ah !… Goût délectable).
Elle s’insinue et entre comme un serpent.
Je le sens descendre dans ma gorge, il m’empêche de respirer un instant puis, déjà, il est dans l’œsophage.
Il glisse encore un peu et se love dans mes intestins.
Et puis il dort.
Tranquille.
Il reste là et le seul souvenir qu’il m’en reste, c’est ce goût sur la langue.
Il ne disparaît jamais.
Mais il n’est plus le même.
Il n’est plus doux comme un bonbon au miel mais âcre et piquant comme un ananas pourrissant au soleil.

Je suis Atlas ne supportant plus le monde.
Je l’ai jeté à bas et le défonce à grands coups de poings.

Prend plaisir, ami lecteur, à me voir geindre et me tordre sur cette feuille.
J’écris ces mots comme on vomit une bile trop acide.
Mon estomac me fait mal, une fois de plus.
Je suis las mais mes nerfs veulent un combat supplémentaire, et qui a-t-on déjà vu lutter contre ses nerfs et gagner ?
Pas moi en tout cas.
Ils prendront le dessus, je le sais…
D’ailleurs c’est déjà fait sinon je ne serais pas attablé devant cette feuille de papier.
Depuis la fenêtre je peux voir des morceaux de mon étendard s’étirer et fuir avec le vent d’Ouest.
Le crépuscule est un ami fidèle pour moi aussi, un bourreau.
A chaque visite il me siffle dans les oreilles que j’ai laissé mon étendard se déchirer.
Que pouvais-je faire d’autre ? Ca s’use ces choses là !
Peu importe, mes nerfs sont plus forts que le crépuscule, ils sont plus forts que tout.
Je te l’ai dit, ce sont eux qui veulent encore se battre.
Moi, je ne peux même plus faire un pas pour me déshydrater ou me nourrir.
La peau sur les os de mes mains et de mon visage s’est desséchée. Elle se craquelle et commence à tomber par plaques.
Si le vent pouvait pénétrer dans cette pièce, il emmènerait des morceaux de mon visage comme ceux de mon étendard.
S’il pouvait emmener un peu de ma conscience et de ma raison…

J’ai cru que je pourrais être là, j’ai cru que j’étais puissant, que j’étais Dieu…
Mais Dieu n’existe pas. Alors aujourd’hui, je ne suis personne.
Ou alors Dieu existe, et c’est lui pour me punir de mon blasphème qui est entré en moi et m’a battu de l’intérieur.
Sinon, comment expliquer ces poings qui m’ont martelé le ventre et les poumons ?
Je suis mon propre bourreau.
Dieu n’existe pas.

Je traverserai les landes sombres dans un silence de mort.
Pas un son ne passera mes lèvres.
Pas une brindille ne craquera sous mes pieds.
Les chiens n’aboieront pas.
J’aurai le corps nu, scarifié de peintures guerrières. Je me ferais mordre et griffer, et je tremperais mes mains dans l’acier bouillonnant.
Et quand enfin mon cœur sera d’ébène et que mon visage sera recouvert de mille cicatrices ; alors je passerai à nouveau les portes de la cité.
Et tous les monstres d’hier ne seront plus que des singes savants se tortillant lamentablement sur le sol.
En riant, je les écraserai un par un sous mes semelles.

Dan

Cadavre exquis, jeu de langue

Amaril, en quarantaine
À Marylou je suis amarré
Amiral ou capitaine
À des miles et désarmé

Quel est donc ce millésime
Où mon vaisseau appareille
Cette chorée pantomime ?
Mon Alice s’émerveille

Dessous chics, hot couture
Que j’entaille, comment ça ?
Anarchique chevelure
Par la taille, non tu crois ?

Si mon verbe est érectile
Tes jambes, elles, n’en finissent plus
Du sujet, qu’en est-il ?
Je ne m’y étendrai plus

Prends garde à ce jeu de langue
Pour une goutte de whisky
Ô ma Lou regardes et tangues
Au jeu du cadavre exquis

Hugo Portier

Nuits rhénanes

J’ai quitté le Baden
et ses nuits rhénanes
et cassé la cabane
Dernier auf wiedersehen

aux serveuses du Mata Hari club
parfums de clopes et de dub
Sulfureuses ces souris ! Or
je m’en vais et les fuis, dès l’aurore

J’ai quitté le Baden
Dernier auf wiedersehen
pour retrouver sans peine
les soirées ligériennes

Une asiate acrobate
me tire par la cravate
et me montre la voie
toi, tu seras ma proie

Cavalier à la barre
d’un sombre bateau ivre
dessus la balançoire
je finis par revivre

Ma petite Andromaque
se met en amazone
sur mon rythme cardiaque
en soubresauts synchrones

Missionnaire en Afrique
pour l’union du lotus
je rapporte au phénix
le collier de Vénus

Faire la chaise à bascule
passer un nœud coulant
sur le cou indolent
monter en canicule

Dans tous mes carnets noirs
écrits au rouge à lèvres
Je retrouve la fièvre
des night-clubs et des bars

Hugo Portier

Eva

Cet orage grave
me retenait le cœur
comme un souffle suave
aux premières lueurs

Eva a les yeux noirs
Et le vent achève
ses larmes sur la grève
ses rêves dans le brouillard

Eva tes yeux sont noirs
Mais tu cours sur le quai
Tu fuis les rues barbares
et attrapes un ticket

pour partir vers le Sud
Eva si tu t’en vas
vers d’autres solitudes
ne te retourne pas.

Eva tes yeux sont noirs
Mais je suis fou de toi
Ils sont teintés du soir
dans lequel je me noie

Eva tes yeux sont noirs
Et le vent achève
tes larmes sur la grève
tes rêves dans le brouillard

Hugo

Spleenectomie

Tous les jours je m’efforce,
De raviver mes points vitaux.
Donnez-moi un olisbos
Pour exciter mon cerveau.

Plus rien ne me transcende,
Pas même la blancheur de ton aine.
Je ne suis plus qu’un tas de viande
Avec des dents de porcelaine.

Mon être est crucifié
Comme pendu avec mes nerfs
Mes yeux sont embrumés
Par les vapeurs de cataires.

Les mots comme des métastases,
Comme des perles qui s’alignent
Me font finir, sur ces quelques phrases
Tel l’orgasme final d’un cygne :

« Toi qui cherches le bonheur
Prends garde si tu le trouves,
Je ne l’ai rencontré qu’par erreur
Parmi les putains et les louves »

Yoann Franchetti

Le Blues du piano bar

Oh, qu’est-ce qu’il a l’air triste le pianiste du piano bar

Oh, mais comme il est tard quand il rentre chez lui

 

Personne sur la piste, ne danse, au piano bar

Personne ne l’applaudit lorsqu’il joue chaque soir

 

Car il joue pour ceux qui ne veulent pas écouter

Car il joue pour celles qui ne l’ont pas aimé

 

Et quand il relève la tête de son piano noir

Il jette un regard dégoûté sur l’audience

 

Et quand, de sa cigarette, il exhale les dernières fumées

Il sait combien sont éphémères les femmes et les romances

 

Car il joue pour ceux qui ne veulent pas écouter

Car il joue pour celles qui ne l’ont pas aimé

 

Oh, mais qu’est-ce qu’il à l’air triste le pianiste du piano bar

Oh, comme ils se font rares les sourires de l’artiste

 

Personne sur la piste, ne danse, au piano bar

Personne ne l’applaudit lorsqu’il joue chaque soir

 

Alors, quand il est tard, il joue les notes bleues

Les étranges notes bleues du soir

 

Les airs d’une autre époque, d’un autre lieu

Il joue ces notes bleues sur son piano noir

 

Alors, pour instant, il semble moins triste un peu

se rappelant les jours heureux

 

Les gens viennent, les gens partent du piano bar

Lui reste là à pianoter comme tous les soirs

 

Un soir il jouera son dernier air

Et il n’y aura plus rien à faire

Pour le trop triste pianiste

 

Un soir il jouera son dernier air

Ce sera un soir d’hiver

Et personne ne sera là pour dire: Salut l’artiste !

 

Le Dilettante

Crépusculaire

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à petit feu
aux nuits de sel
j’ai découpé
la toile
du silence

des heures tombées
cadavres mous
roulés
contre mon corps
couché

tous mes rêves
acides
violents
caillots de sang
dans ma mémoire

enfin
que s’éclairent
ces crépuscules
hivers figés
dans la rétine

Touda (illustration) & Ariane (texte)

J’écume

Une bouteille amère

à la mer

Une bouteille au moins

à la main

Le fût des mystères

fut un sous-marin



Combien de temps j’attends encore

et dresse le pavillon des remords?


Sûrement cet océan

d’essence et de métal

remède fatal

au vague à l’âme

vagabonde

aux vagues lames

aux traîtres ondes

que j’ai dû boire

au goulot des idées noires


A l’abordage

des mirages

de sodium

j’écoule le stock

de rhum

j’écoute le rock

en nage

sur mon drakkar

j’image

des histoires

je mâche

l’abreuvoir des miracles


Combien de temps j’attends encore

et dresse le pavillon des remords?


C’est un cocktail placide

aux acides du soir

que j’ai dû boire

au goulot des idées noires


Car j’écume, j’écume

j’ai qu’une envie

cracher cette amertume

goûter à l’Eau de Vie


car j’écume, j’écume

j’ai cru voir

les îles du désir

dans l’azur désespoir


Je suis liquide

Navire avide

Limpide

Je suis l’hydre

des traversées intimes


Car j’ai bu bleu les bocaux

J’ai rêvé blanc

J’ai rêvé blanc !

Plombé

Plan B plombé

De trop draguer dans les canaux

je m’y suis baigné

Et dans le lit dévorant

d’un Fleuve dégueulant

tous mes rêves ont coulé


Mais j’ai laissé couler

De rivières en cascades

et de cale en écho

le Tout y est passé


Mais j’ai trop bavé trop

d’avoir bravé si tôt

le fluide embouteillage

de la foule marée

dansant sur le rivage

en un Bal Bullier


J’ai jeté l’encre en l’air

et rien n’est retombé


Combien de temps j’attends encore

et dresse le pavillon des remords?


J’ai su nager trop tard

dans cet âcre nectar

dans tout ce que j’ai dû boire

au goulot des idées noires


Le Dilettante