Drôle d’oiseau

Drôle d’oiseau t’évaporant dans la nuit,

Je te garderai dans un monde où tu seras

Le soleil et le centre de gravité – inversé.

Petite planète en orbite je verrai ta plume

Se balancer à ton oreille, se balancer à ton oreille

 

Drôle d’oiseau aux cendres veloutées,

Laisse-moi penser à ce qui n’avait

Jamais su s’arrêter, jamais su se taire.

Viens poser ton regard sur les vestiges

De la plus belle des confusions

 

Drôle d’oiseau mes doigts s’égarent

Sur les souvenirs que ma bouche a gardé

Au creux de mon ombre il y a une place pour

La tienne qui a bougé les lignes de la mienne.

La tienne qui a bougé les lignes de la mienne.

 

La Sérendipe

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Un jour il y aura du temps pour nos philosophies

tout est
dans l’écart qui nous mène
le sursaut aux nocturnes
les vins somnambules

tout est
aux aurores arraché
aux mois pendu
aux jours rongé

tout est
entre nos mains battantes
lié à nos poings perdus
poussé à la falaise

tout est
décompté de nos mots
gravé à la gencive
aux dos blancs poignardé

tout est
dansant au fil
le cou tendu aux astres
à lire entre nos veines –

Ariane

La beauté des rêves

Te souviens-tu ma Reine du soir où nous avons trinqué
à la beauté des rêves?
C’était un soir où il neigeait et la neige sur nous ne semblait pas tomber
sans fondre.
Une force, en nous, naissait
Un feu, une fièvre, une onde.

Te souviens-tu ma Reine du soir où nous nous sommes aimés?
Sans un mot, sans un baiser
pourtant sans peine.
Et la neige semblait ne tomber que pour toi
Et tes yeux comme deux flammes qui brillaient devant moi.

Te souviens-tu ma Reine du soir où nous nous sommes quittés?
Confiants, ravis, vides et légers
comme toutes ces pétales sibériennes
qui s’envolaient dans l’air ce soir là.
Mais la neige déjà annonçait tout, ma Reine.
Mes yeux ne voyaient pas
Oui, la neige déjà annonçait tout, ma Reine.
mes yeux ne voyaient pas les brûlures prochaines

Le Dilettante

La bergère et le ramoneur

Lorsque le roi sommeille
que ces diptyques s’éveillent
toiles et statues, guerrier grec
s’animent et le mettent en échec

et mat
colosse d’acier, automate
décors d’Italie et dédales
les amants fuient et détalent

Une bergère et un petit ramoneur
de rien du tout, de rien du tout
au royaume de Taquicardie
se sont enfuis dans la nuit

Tandis qu’un Goliath de fer
est à leurs trousses
dans la ville basse se terrent
sentent les secousses

Metropolis mis à bas
penseur masqué, casque d’Odin
sur les gravats il s’assoie
Je songe à celui de Rodin

Hugo Portier

Magnolia

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Les femmes se fanent les fleurs jamais

La Ville: Rose de lampadaire éclose

S’exhale en lumière parfumée.

Dans le dernier métro et puis dans les allées

Des taxis silencieux aux ombres des pavés

J’ai aimé

Les femmes se fanent les fleurs jamais.

 

Mille fois j’ai cru voir des regards

à travers les vitres des supermarchés

Mille fois j’ai croisé d’incroyables reflets

des flammes prêtent à fondre!

Les femmes se fanent les fleurs jamais.

 

Du jardin nocturne au Magnolia

Les boulevards de pluie nacrés

Des bars, des trottoirs aux cinémas

J’ai aimé

Les femmes se fanent les fleurs jamais.

Le Dilettante (texte) & Tangerine (illustration)

Mes Nerfs

Suintante par tous mes pores, la haine coule le long de ma peau.
Elle glisse sur mon corps comme une huile noire, aqueuse et puante.
Elle s’insinue et entre par mes yeux, mon nez, ma bouche (Ah !… Goût délectable).
Elle s’insinue et entre comme un serpent.
Je le sens descendre dans ma gorge, il m’empêche de respirer un instant puis, déjà, il est dans l’œsophage.
Il glisse encore un peu et se love dans mes intestins.
Et puis il dort.
Tranquille.
Il reste là et le seul souvenir qu’il m’en reste, c’est ce goût sur la langue.
Il ne disparaît jamais.
Mais il n’est plus le même.
Il n’est plus doux comme un bonbon au miel mais âcre et piquant comme un ananas pourrissant au soleil.

Je suis Atlas ne supportant plus le monde.
Je l’ai jeté à bas et le défonce à grands coups de poings.

Prend plaisir, ami lecteur, à me voir geindre et me tordre sur cette feuille.
J’écris ces mots comme on vomit une bile trop acide.
Mon estomac me fait mal, une fois de plus.
Je suis las mais mes nerfs veulent un combat supplémentaire, et qui a-t-on déjà vu lutter contre ses nerfs et gagner ?
Pas moi en tout cas.
Ils prendront le dessus, je le sais…
D’ailleurs c’est déjà fait sinon je ne serais pas attablé devant cette feuille de papier.
Depuis la fenêtre je peux voir des morceaux de mon étendard s’étirer et fuir avec le vent d’Ouest.
Le crépuscule est un ami fidèle pour moi aussi, un bourreau.
A chaque visite il me siffle dans les oreilles que j’ai laissé mon étendard se déchirer.
Que pouvais-je faire d’autre ? Ca s’use ces choses là !
Peu importe, mes nerfs sont plus forts que le crépuscule, ils sont plus forts que tout.
Je te l’ai dit, ce sont eux qui veulent encore se battre.
Moi, je ne peux même plus faire un pas pour me déshydrater ou me nourrir.
La peau sur les os de mes mains et de mon visage s’est desséchée. Elle se craquelle et commence à tomber par plaques.
Si le vent pouvait pénétrer dans cette pièce, il emmènerait des morceaux de mon visage comme ceux de mon étendard.
S’il pouvait emmener un peu de ma conscience et de ma raison…

J’ai cru que je pourrais être là, j’ai cru que j’étais puissant, que j’étais Dieu…
Mais Dieu n’existe pas. Alors aujourd’hui, je ne suis personne.
Ou alors Dieu existe, et c’est lui pour me punir de mon blasphème qui est entré en moi et m’a battu de l’intérieur.
Sinon, comment expliquer ces poings qui m’ont martelé le ventre et les poumons ?
Je suis mon propre bourreau.
Dieu n’existe pas.

Je traverserai les landes sombres dans un silence de mort.
Pas un son ne passera mes lèvres.
Pas une brindille ne craquera sous mes pieds.
Les chiens n’aboieront pas.
J’aurai le corps nu, scarifié de peintures guerrières. Je me ferais mordre et griffer, et je tremperais mes mains dans l’acier bouillonnant.
Et quand enfin mon cœur sera d’ébène et que mon visage sera recouvert de mille cicatrices ; alors je passerai à nouveau les portes de la cité.
Et tous les monstres d’hier ne seront plus que des singes savants se tortillant lamentablement sur le sol.
En riant, je les écraserai un par un sous mes semelles.

Dan

Cadavre exquis, jeu de langue

Amaril, en quarantaine
À Marylou je suis amarré
Amiral ou capitaine
À des miles et désarmé

Quel est donc ce millésime
Où mon vaisseau appareille
Cette chorée pantomime ?
Mon Alice s’émerveille

Dessous chics, hot couture
Que j’entaille, comment ça ?
Anarchique chevelure
Par la taille, non tu crois ?

Si mon verbe est érectile
Tes jambes, elles, n’en finissent plus
Du sujet, qu’en est-il ?
Je ne m’y étendrai plus

Prends garde à ce jeu de langue
Pour une goutte de whisky
Ô ma Lou regardes et tangues
Au jeu du cadavre exquis

Hugo Portier

Nuits rhénanes

J’ai quitté le Baden
et ses nuits rhénanes
et cassé la cabane
Dernier auf wiedersehen

aux serveuses du Mata Hari club
parfums de clopes et de dub
Sulfureuses ces souris ! Or
je m’en vais et les fuis, dès l’aurore

J’ai quitté le Baden
Dernier auf wiedersehen
pour retrouver sans peine
les soirées ligériennes

Une asiate acrobate
me tire par la cravate
et me montre la voie
toi, tu seras ma proie

Cavalier à la barre
d’un sombre bateau ivre
dessus la balançoire
je finis par revivre

Ma petite Andromaque
se met en amazone
sur mon rythme cardiaque
en soubresauts synchrones

Missionnaire en Afrique
pour l’union du lotus
je rapporte au phénix
le collier de Vénus

Faire la chaise à bascule
passer un nœud coulant
sur le cou indolent
monter en canicule

Dans tous mes carnets noirs
écrits au rouge à lèvres
Je retrouve la fièvre
des night-clubs et des bars

Hugo Portier

Eva

Cet orage grave
me retenait le cœur
comme un souffle suave
aux premières lueurs

Eva a les yeux noirs
Et le vent achève
ses larmes sur la grève
ses rêves dans le brouillard

Eva tes yeux sont noirs
Mais tu cours sur le quai
Tu fuis les rues barbares
et attrapes un ticket

pour partir vers le Sud
Eva si tu t’en vas
vers d’autres solitudes
ne te retourne pas.

Eva tes yeux sont noirs
Mais je suis fou de toi
Ils sont teintés du soir
dans lequel je me noie

Eva tes yeux sont noirs
Et le vent achève
tes larmes sur la grève
tes rêves dans le brouillard

Hugo

Spleenectomie

Tous les jours je m’efforce,
De raviver mes points vitaux.
Donnez-moi un olisbos
Pour exciter mon cerveau.

Plus rien ne me transcende,
Pas même la blancheur de ton aine.
Je ne suis plus qu’un tas de viande
Avec des dents de porcelaine.

Mon être est crucifié
Comme pendu avec mes nerfs
Mes yeux sont embrumés
Par les vapeurs de cataires.

Les mots comme des métastases,
Comme des perles qui s’alignent
Me font finir, sur ces quelques phrases
Tel l’orgasme final d’un cygne :

« Toi qui cherches le bonheur
Prends garde si tu le trouves,
Je ne l’ai rencontré qu’par erreur
Parmi les putains et les louves »

Yoann Franchetti

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